27.02.2011
"Un mensonge, ça peut se retourner, ça peut se déguiser en grande fanfare, être vêtu sous forme nouvelle si bien que la maigre carcasse ne se reconnaisse plus."

Peer Gynt
De Henrik Ibsen
PEER GYNT
Qui es-tu ?
LA VOIX
Moi-même.
PEER GYNT
Cette stupide réponse, tu peux la garder.
Ca n'éclaircit pas l'affaire.
Qu'est-ce que tu es ?
LA VOIX
Le Grand Courbe !
PEER GYNT
Bon ! Et alors ? Auparavant, l'énigme était noire,
maintenant, elle semble grise.
Ecarte-toi, Courbe !
LA VOIX
Fais un détour, Peer !
Peer Gynt, un jeune norvégien menteur, vantard et instable, va parcourir le monde, rencontrant sur son chemin les créatures les plus fantastiques du folklore scandinave. Pris par sa quête d’aventures et de succès, il ne parviendra jamais à trouver le bonheur ni la paix, jusqu’à son retour au pays et son renoncement final.
J’avais déjà lu, et aimé, Hedda Gabler du même auteur qui est un peu LA référence en matière de littérature norvégienne pour les deux derniers siècles environ, et donc presque un passage obligé pour l’étape norvégienne de la semaine nordique.
Contrairement à ce que j’avais dit d’Hedda Gabler, Peer Gynt est une pièce de théâtre davantage destinée à être lue que jouée, vu le nombre de personnages incroyables qui s’y succèdent : gnomes, trolls, diables et créatures invisibles, et surtout la variété de décors nécessaires, Peer Gynt se baladant de fjords en fjells, de monts en mers, et allant jusqu’au Sahara.
Manifestement, Ibsen a puisé abondamment dans le légendaire et le folklore de la Norvège et ses environs, et mes connaissances en la matière sont un peu trop déficientes pour que je puisse en comprendre la symbolique sans me référer constamment aux notes en fin d’ouvrage, ce qui m’a pollué ma lecture au-delà de l’imaginable (en ce moment, j’aime la fluidité, j’ai la capacité de concentration d’une moule marinière. Je songe à me faire greffer un disque dur externe, par sécurité).
Ce que j’ai pu en ressortir, ainsi que de l’intro de Régis Boyer, qui m’a parue aussi obscure que celle qu’il a faite d’Hedda Gabler, est à peu près ceci. Ibsen aurait fait de Peer Gynt une sorte d’allégorie du peuple norvégien de son époque. La Norvège, après avoir connu son âge d’or au Moyen-Age, a vécu plusieurs siècles sous domination danoise avant de retrouver son indépendance au cours du XIXè siècle. Après cela, la société norvégienne, en particulier la petite bourgeoisie dont Ibsen était issue, s’installa dans un confortable conformisme nationaliste, puritain et auto-satisfait. Situation dont Ibsen dénonçait les dérives, certes sans grand militantisme mais quand même. Dans Peer Gynt, son héros populaire est l’héritier d’une famille désormais tombée en déchéance. Son grand-père avait travaillé dur et fait fortune. Son père a vécu en grand seigneur et dilapidé tout ce qu’il avait reçu. Peer, qui a l’indulgence d’une mère déçue mais trop aimante, se berce d’illusions qu’il n’hésite pas à partager avec tout un chacun : il est évidemment destiné à accomplir de grands exploits, deviendra célèbre et même empereur ! En attendant, il reprend à son propre compte des récits légendaires, prétend qu’il chevauche des rennes volants dans les montagnes et qu’il a vaincu le diable.

Gâchant avec entrain tout ce qui peut lui arriver de positif (sa rencontre avec Solveig pour commencer, mais chacun des choix qu’il fait ensuite s’avère mauvais), il s’ingénie à se laisser aller à ses plus mauvais instincts, certain que la réussite viendra d’elle-même, sans qu’il ait à se fatiguer ou à se contraindre. Ainsi vieillit-il, poussé par les vents comme un fétu de paille, pris entre son envie de devenir un homme exceptionnel et adulé, et son refus d’aller contre sa nature, pour rester lui-même, absolument.
A l’origine écrit en vers, Peer Gynt perd sans doute beaucoup à la traduction qui ne peut respecter ni la métrique ni la musicalité du texte original. Cela dit, je serais curieuse de voir ce que ça donne sur scène. Ça doit être fou, échevelé, coloré et bordélique, fantastique, onirique, tout ça à la fois, surtout si c’est en musique, et ça doit proposer une gamme infinie de variations de mise en scène.
J'aimerais être plus enthousiaste. C'est très intéressant, mais ça mérite vraiment une étude de texte pour être apprécié à sa juste valeur.
Et c'est surtout le TROISIEME combiné nordique de la semaine, pfiou, tout ce sport ça fatigue, quand même.

17:36 Publié dans Challenge nécrophile, Littérature scandinave, Semaine nordique, Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



Écrire un commentaire