21.02.2011
Comme le temps est un ami, il colore mon pays

Rien publié depuis ma folle semaine italienne, et me voilà repartie pour une semaine, cette fois dans le grand nord scandinave. C'est organisé par Emma, c'est expliqué ici, je ne recopie pas. Bon voyage.

La ferme africaine
(Titre original : Den Afrikanske Farm)
De Karen Blixen
De 1913 à 1931, Karen Blixen vécut au Kenya et y dirigea une plantation de café. Dans ce roman autobiographique, elle revient sur ces années, ses relations avec les indigènes, les difficultés rencontrées et surtout son grand amour de l’Afrique qu’elle a quitté sur un échec pour ne plus jamais y revenir.
Moi, je sais un hymne à l’Afrique, un chant sur les girafes allongées et sur le clair de lune, sur les charrues dans le sol et les visages luisants de sueur des cueilleurs de café. Et l’Afrique, sait-elle un chant sur moi ? L’air vibre-t-il jamais d’une couleur que j’ai portée, y a-t-il un jeu d’enfant où mon nom ressurgit, la pleine lune jette-t-elle sur le gravier de l’allée une ombre qui ressemble à la mienne ? Les aigles du Ngong me cherchent-ils parfois du regard ?

Ca paraître sûrement un peu bizarre d’entamer la Semaine Nordique par un livre qui nous emmène au Kenya, son soleil, sa mousson, ses guerriers masaïs (qui valent bien les guerriers vikings, si si). Seulement voilà, Karen Blixen était danoise, et c’est bien son regard d’européenne qui donne tout son intérêt à La Ferme Africaine.
Ce roman est devenu ultra-connu et grand classique grâce à son adaptation, Out of Africa, grande fresque romanesque s’il en est et récompensé par de nombreux oscars et autres. Or, n’étant pas pour ma part une grande fan de Meryl Streep ou de Robert Redford, et moins encore de Sydney Pollack, je n’ai pas réussi à trouver Out of Africa enthousiasmant, à l’exception d’une ou deux scènes de chasse au lion plutôt réussies.

Il faut dire que Pollack, s’il a su capturer les paysages africains magnifiquement, ils ne sont jamais qu’un cadre, un décor, de même que les populations indigènes sont traités en accessoires. Dans son roman, Karen Blixen se met elle-même en retrait et fait de l’Afrique son personnage principal. Elle ne parle que très peu de sa vie personnelle, préférant décrire, sous forme d’anecdotes, le rythme des saisons dans la ferme et dans la forêt, la vie et les modes de pensée des différentes populations qui se cotoient dans la colonie : Européens, Somalis, Kikuyus, Masaïs…
Aucun ordre chronologique n’est respecté, si bien que l’on a l’impression d’une expérience globale, relatée après avoir été digérée et analysée. Pas de sentiment de découverte ou d’apprentissage, mais plutôt un regard calme qui observe et constate sans jamais porter de jugement. Un monde auquel elle appartient tout en y étant étrangère.

Dans sa troisième lettre, Kamante donne un bel exemple de la manière dont les indigènes savent tourner un compliment :

"Ecris, et dis-nous que tu reviens ici. Nous croyons tous que tu reviens. Pourquoi nous croyons ? Nous croyons que tu ne pourras jamais nous oublier. Parce que nous croyons que tu te souviens encore de nos visages et du nom de notre mère."
Un blanc qui aurait voulu nous complimenter aurait écrit : "Je ne vous oublierai jamais." Mais un Africain dit : "Nous ne te croyons pas capable de jamais nous oublier."
C’est très instructif, dès lors qu’on s’intéresse à l’histoire coloniale de l’Afrique ou à l’ethnologie par exemple. J’ai appris entre autre que la façon de rendre la justice des Kikuyus était plutôt surprenante, compréhensible mais difficilement acceptable pour les colons.
J’ai appris aussi qu’en Kikuyu, Nataka veut dire "je voudrais" ou "j’aimerais". C’est pas génial ?
Karen Blixen est décédée en 1962 dans sa demeure familiale de Rungstedlund en Zélande du Nord, d’une malnutrition consécutive à un ulcère de l’estomac. Ce qui me permet d’effectuer devant vos yeux ébahis une magnifique figure de combiné nordique (pas de raison de ne faire qu’un challenge à la fois, n’est-ce pas ?)


21:41 Publié dans Biographies, Challenge nécrophile, Littérature scandinave, Livres XXème siècle, Semaine nordique | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note



Commentaires
Écrit par : Cryssilda | 22.02.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : choupynette | 22.02.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Nataka | 23.02.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Céline | 24.02.2011
Répondre à ce commentaireCéline : C'est vrai, c'est un livre très émouvant, et sans être tire-larme, ce qui n'en a que plus de mérite.
Écrit par : Nataka | 25.02.2011
Répondre à ce commentaireÉcrire un commentaire