12.05.2012

On n'est pas une équipe. On est une bombe à retardement.

 

Avengers

De Joss Whedon. Avec Robert Downey Jr, Samuel L. Jackson, Chris Evans, Chris Hewsworth…

Sortie le 25 Avril 2012

 

Le dirigeant d’une organisation para-militaire dont la mission est de préserver la paix dans le monde réunit une équipe de super-héros pour empêcher un prince extra-terrestre déchu qui a volé un cube cosmique ultra-puissant et levé une armée de détruire la Terre.120512010143600669839294.gif

 

 

Quand on a pitché, on a tout dit, je crois.

 

Et pourtant, je vous avouerai que je ne suis pas sûre d’avoir tout pigé.

 

a y est, j’ai le cerveau lent.)

 

 

Il faut dire que cet Avengers fait suite à toute une série de films consacrés aux super-héros Marvel, plus ou moins individuellement les uns des autres. Comme ça, à brûle-pourpoint je dirais qu’il y en a au moins une demi-douzaine, mais en dehors de Thor l’an dernier, je n’en ai vu aucun. (C’est d’ailleurs sûrement une erreur à rattraper, au moins en ce qui concerne la franchise Iron Man.)

 

Inutile de repréciser que ma culture en matière de BD américaine est limitée à la bande à Picsou. Si j’ai de vagues notions concernant Hulk et Captain America (parce que bon, quand même) je n’ai en revanche pas la moindre idée de qui sont Hawkeye, Black Widow ou Nick Fury, ni de leur importance dans le grand schéma de l’univers.

 

Donc au début, dans ma tête, c’était plutôt ça :

  

 

 

Mais très vite, comme tout ce qui est psychologie a déjà été creusé dans les films précédents (et ça n’était pas du trop lourd), que la compréhension du film ne requiert aucune analyse poussée et qu’on connait ses classiques*, on peut se concentrer sur les vraies raisons de venir voir le film : l’action, la qualité de la mise en scène, les cascades, l’esthétique (celle des interprètes), les explosions, l’humour (un peu parcimonieux mais toujours bien placé) et, bien-sûr, la sophistication de l’intrigue qu’on pourrait résumer ainsi : Comment assembler un groupe de mégalomanes paranoïaques aux egos surdimensionnés, et créer un esprit d’équipe. (Une équipe, un seul esprit. C’est suffisant).

 

Le S.H.I.E.L.D. (je suis sûre que ce sigle a une signification, mais vraiment je n’ai pas envie de chercher) est en possession d’un cube cosmique bleu appelé Tesseract, dont on ignore d’où il vient, à quoi il sert ou comment il marche, mais dont on sait que c’est le truc le plus puissant de l’univers.

Le diabolique Loki (on voit qu’il est diabolique par qu’il porte un casque à cornes et qu’il sourit de façon menaçante quand il est filmé en plongée) qui a décidé de se venger de son frère Thor en transformant l’humanité en cendres (si si, il y a un rapport), chaparde le Tesseract et va l’échanger contre une armée.

Le S.H.I.E.L.D. envoie donc ses meilleurs agents, des super-héros indestructibles, récupérer Loki et le Tesseract.  

 

C’est élégant, mais il faut savoir le porter.

Et passer les portes avec.

 

Ces meilleurs des meilleurs s’occupent d’abord principalement à se foutre sur la gueule entre eux. Puis, grâce à leurs cerveaux supérieurs, ils décryptent le plan machiavélique de Loki (qui était des plus complexes, il faut dire) et comprennent qu’ils doivent se battre côte à côte. Enfin, ils en viennent à combiner cerveaux et muscles, et le pouvoir de l’amitié vient à bout des méchants.

 

Magnifique, et presque aussi brillant que les éclairs générés par le marteau de Thor.

  

Chris & Chris, cross. (Oui, c'est nul, mais irrésistible).

 

C’est évidemment jouissif, copieux en nawak, en moments d’intense suspense et d’émouvant courage, avec des costumes plus improbables les uns que les autres et surtout une densité presque étouffante de sexitude au mètre carré : il y en a pour tous les goûts, m’sieurs dames.

Enfin, surtout mesdames.

 

Pour les messieurs, il y a Scarlett, et si je ne suis pas toujours unanime avec moi-même en ce qui la concerne, là je pense qu’elle satisfait tout le monde : seule de la bande à ne pas être invulnérable et à ne pas posséder d’armure ou de mutation génétique, elle fait pourtant sa part du boulot sans rechigner, sais comment parler aux hommes et recentre les attentions. Bref, une preuve de plus que sans une femme dans l’équipe, les mecs ne seraient bons à rien. Mais surtout, elle sait comme personne être attachée à une chaise les mains dans le dos.

  

D’ailleurs, c’est là qu’elle est en position de force.

 

Pour ma part, j’ai moins aimé Tom Hiddleston dans cet opus que dans Thor. À cause du casque, je crois, ou peut-être de l’abus de ricanements sardoniques. Mais quand même, c’est Tom Hiddleston.

 

Et j’ai moins aimé Chris Evans que dans les 4 Fantastiques, mais ça tient au personnage, Captain America n’ayant apparement pas beaucoup d’humour. Mais quand même, c’est Chris Evans.

 

Et j’ai moins aimé Mark Ruffalo que dans… nan, rien, Mark Ruffalo je m’en cogne.

Tout comme Chris Hemsworth, et alors dès qu’il n’y a plus Natalie Portman pour le mettre en valeur, Thor est vraiment sans intérêt.

 

Tant de héros, si peu de matière !

 

J’ai bien aimé Tony Stark, par contre, mais c’est normal, j’aime toujours les génies milliardaires. Et Robert Downey Jr.

 

 

Comme quoi, la largeur d’épaule c’est important, mais la classe c’est primordial.

 

J’étais un peu partagée sur Jeremy Renner avant le film, j’ai l’impression qu’il est partout depuis quelques temps (enfin, surtout dans des gros blockbusters que je ne vais pas voir) et je ne comprenais pas bien le pourquoi de l’engouement général.

On va dire que maintenant, je comprends. Un peu. C’est vrai qu’il a une maîtrise impressionnante de ses arcades sourcilières et sa ride du lion. Et un uniforme très très bien coupé, d’une appréciable sobriété vu le contexte. En plus, le personnage a une aura de mystère puisqu’en ce qui me concerne, tout ce que je sais de lui c’est qu’il est hyper-hypermétrope. Et qu’il a un passif avec Black Widow.

  

 

Un bien joli petit tandem, d’ailleurs.

 

Allez, ça ira pour cette fois. Mais pour porter un jugement objectif, je vais attendre de le voir dans un rôle un peu plus exigeant. Un où il aura du texte, par exemple.

 

Pour le reste, ma foi, je vais faire le même reproche que je fais toujours : la 3D ne sert à rien. A vrai dire, j’ai été plus impressionnée par la 3D dans la pub pour les bonbons Haribo® qui est passée avant le film. Sans rire, j’avais l’impression qu’un crocodile en guimauve flottait à 50cm de moi, j’aurais pu l’attraper.

La 3D ne sert de toute façon jamais à rien si les deux tiers du film se passent de nuit ou dans des pièces sans fenêtres. Et alors, si au milieu de tout se noir un orage éclate et les éclairs déboulent, c’est un coup à perdre la vue, les lunettes 3D n’étant pas prévues pour adoucir les contrastes.

 

Certains effets sonores, à ce que j’ai vu au générique, sont signés des studios Skywalker, et ça s’entend. Certains autres, qui concernent le marteau de Thor et les bruits de choc sur le bouclier de Captain America ou l’armure d’Iron Man ont plutôt l’air d’être signés Tôle & Fer Blanc.

 

Enfin, et je dis ça en sachant qu’il s’agit d’un film de commande, basé sur une série de BD avec sa propre mythologie, son propre univers qu’il convient de respecter, rapport au fait que les studios comptent sur les fans des comics pour remplir les salles, et que moi-même je ne vais voir ce type de films que pour m’amuser et sans aucune attente, mais quand on songe au talent, à la créativité de Joss Whedon, à ce qu’il est capable d’accomplir (pour peu qu’on lui laisse la possibilité de finir ce qu’il commence), cet Avengers  ne fait-il pas un peu pâle figure, hmmm ?

 

En même temps, personne ne s’attendait à ce que ce film bouleverse l’humanité, pas vrai ? Donc pour moi, le contrat est rempli.

 

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* règle n°1 : Il y aura au moins un mort un peu important pour créer l’émotion, mais pas trop important parce qu’on ne peut pas sacrifier l’un des héros dès le premier film.

règle n°2 : Manhattan sera obligatoirement dévasté. Juste un petit peu.

règle n°3 : Il y aura plein de cassage de bagnole, si possible des véhicules de police (de polizei, le cas échéant) mais le mieux sera de casser des trucs chers comme des hélicoptères, des avions de chasse ou du matériel militaire hautement technologique, genre un porte-avion volant invisible.

n°4 : Les héros gagneront à la fin, et tout compte fait assez facilement, parce que le film ne doit pas dépasser trois heures et qu’il n’y a pas de temps pour les stratégies élaborées.

 

07.05.2012

“If you're first out the door, that's not called panicking.”

 

Margin Call

De J.C. Chandor. Avec Kevin Spacey, Paul Bettany, Zachary Quinto, Jeremy Irons...

Sortie le 2 Mai 2012

 

Après qu’un de leurs jeunes associés ait fait une découverte affolante, les instances supérieures d’une grande banque d’affaires de Manhattan se réunissent pour décider de la marche à suivre dans ce qui s’annonce comme une inévitable catastrophe financière.

 

C’est à cause de l’alléchante affiche que je suis allée voir Margin Call, en sachant seulement qu’il y était question de traders. La haute finance est à peu près autant à ma portée que l’astrophysique, et à part les bons films d’arnaque, toute histoire de gros sous me ferait plutôt fuir. Ceci dit, je ne me considère pas comme la dernière des débiles, et je peux comprendre quand on m’explique lentement et en articulant. Et quand j’en ai quelque chose à carrer, aussi.

La preuve que quand on veut, on peut : bien que je ne comprenne même pas le titre du film et que dans certains moments-clés, ce que j’ai entendu du dialogue revenait à "bla bla bla… équation… bla bla… investissement… bla bla… effet de levier… bla…", le verbiage est ici limité à une portion plus que raisonnable et je ne me suis jamais sentie noyée sous une tonne de jargon incompréhensible.

  

 

Une fois qu’on a débroussaillé les fioritures techniques, l’histoire est simple : on est vers 2007 ou 2008 (on suppose), les banques d’investissement du monde entier boursicottent depuis trois ans avec des produits financiers très rentables mais très risqués car complètement inadaptés à tous leurs logiciels et systèmes de calculs, basés sur des relevés historiques dépassés. Chaque jour, les pertes occasionnées pourraient excéder, et de beaucoup, la capacité de l’entreprise qui les détient. En clair, au moindre faux pas, c’est la banqueroute, le château de cartes s’écroule.

 

C’est ce que découvre un jeune trader, Peter Sullivan (Zachary Quinto), en finissant une analyse de risques que son supérieur Eric Dale (Stanley Tucci), lui a confiée avant de se faire licencier. Il prévient ses supérieurs (Paul Bettany et Kevin Spacey), qui préviennent leurs supérieurs (Demi Moore, Simon Baker), et ainsi de suite jusqu’à ce que le big boss en personne, John Tuld (Jeremy Irons) (ne voir aucun lien, évidemment, avec Richard Fuld, PDG de feue Lehman Brothers), vienne donner le signal de l’hallali : il faut se débarrasser de toutes les actions pourries pour ne pas perdre trop de milliards, en les revendant à qui voudra bien les prendre quitte à les brader, et bien sûr très vite parce qu’une liquidation des actifs, ça se voit et ça a tendance à faire peur.

 

Une fois que la décision est prise, chacun à son échelon se retrouve face à sa conscience. Et en matière d’échelons, on a un bel échantillon dans ce presque huis-clos, du PDG cynique et sans états d’âme au jeune loup calculateur, du vieux briscard sentimental à l’analyste junior trouduc qui chouine parce qu’il va perdre son job alors qu’il est en train d’assister à la fin du monde, et jusqu’à la femme de ménage qui n’est tellement rien qu’on ne lui dit même pas bonjour et qu’on parle devant elle comme si c’était un meuble.

  

très belle scène d’ailleurs

 

Très compréhensible sans être trop didactique, prenant sans avoir besoin d’effets de manche ni de l’effervescence des salles de marché, j’ai trouvé ce film plutôt bien foutu, ses personnages travaillés, ses acteurs impliqués à défaut d’être bien dirigés. Heureusement que la plupart ont du métier, mais c’est un peu navrant de voir Simon Baker exprimer moins par son jeu que par la couleur de sa cravate. L’ambiance lente et posée permet de digérer ce qui se passe au fur et à mesure, ce qui vaut mieux, la photo est sobre, sans être froide. Le tout est donc assez agréable à regarder.

 

À tant se vouloir objectif et ne juger personne, en revanche, j’ai trouvé qu’il en faisait beaucoup. Le monologue du pont de Stanley Tucci (la finance manipule du rien pour faire du rien) VS le discours de Paul Bettany à Penn Badgley (tout le monde en a profité sans se soucier de savoir comment ça fonctionnait) c’est sympa mais pas bien finaud. Enfin, les piqures de rappel ne font de mal à personne.

 

 

Organisé comme une tragédie classique, 24 heures dans les bureaux feutrés et climatisés d’une tour de verre de Wall Street durant lesquelles on assiste aux préparatifs de l’effondrement du monde tel que nous le connaissons, sans que personne ne puisse rien faire pour éviter le désastre, ou même limiter les dégâts. C’est un peu comme de s’assoir avec un pot de pop-corn pour regarder deux trains dérailler et entrer en collision. En moins bruyant, mais tout aussi funeste.

 

Je dis "tragédie" exprès, car bien qu’il soit parfois présenté comme tel, ce film n’est en aucun cas un thriller. Il n’y a pas plus de doute sur l’issue qu’il n’y a de montée en tension. Tout se passe calmement, on s’engueule sans hausser le ton, on pourrait presque voir les rouages des cerveaux s’activer et les ulcères percer des trous bien nets dans les estomacs, mais personne ne se rebelle, ne pète les plombs ni ne cherche une issue. Les dés ont été jetés bien avant le début de cette histoire, dont les protagonistes ne peuvent que constater le vaste merdier où ils se trouvent et accepter l’idée que pour s’en sortir, ils leur faudra être les pires salauds du monde, et porter le chapeau pour un désastre qui n’a jamais été de leur seul ressort.

 

Comme un homme au milieu d’une salle close et bondée découvrirait une bombe amorcée et devrait alors choisir entre donner l’alerte et sans doute créer un mouvement de panique dont si peu sortiraient, ou décamper sans demander son reste et fuir le plus loin possible en se disant "chacun pour soi".

 

 

Dans un monde sans contrôle ni garde-fous où l’on a perdu depuis longtemps le sens des réalités, où l’on garde les employés sur les dents en pratiquant un épurage annuel des effectifs quelle que soit la santé de la société, où il est normal d’avoir un supérieur hiérarchique deux fois plus jeune et deux fois moins expérimenté, où la bleusaille gagne environ dix fois ce que moi je gagne, et se demande ce qu’il doit faire pour obtenir un poste qui lui permettra de gagner cent fois plus…

 

Pas la peine de se demander s’ils vont avoir un sursaut d’éthique et se sacrifier. Ces gars-là n’ont aucun problème à se regarder dans la glace, de toute façon.

Mais ça reste intéressant de les voir se poser la question.

 

05.05.2012

Nous ne somme que des pions, tous. C'est le principe des jeux.

 

Hunger Games

(Titre original : The hunger games)

De Suzanne Collins

 

Dans une société futuriste bâtie sur une Amérique du Nord post-apocalyptique sont organisés chaque année les Jeux de la Faim : dans chaque district, deux jeunes de douze à dix-huit ans sont tirés au sort pour rejoindre l’arène et combattre leurs adversaires jusqu’à la mort. Le dernier survivant  obtient gloire et fortune pour lui-même et son district.

Se portant volontaire pour sauver sa petite sœur, Katniss Everdeen est envoyée dans une forêt semée de pièges et d’ennemis, où tous les coups sont permis.

 

Tels les athéniens de l’Antiquité qui devaient sacrifier tous les ans sept jeunes hommes et sept jeunes femmes au Minotaure pour expier le meurtre d’un prince crétois, les familles des 12 districts de Panem doivent assister chaque année au massacre de 23 de leurs enfants dans un combat de gladiateurs télévisé obligatoire, en réparation d’une ancienne révolution avortée. Les dirigeants de Panem connaissent bien leur philo-mythologie gréco-romaine, et la prennent au premier degré puisque leur mode de gouvernement consiste à traiter les habitants du Capitole en moutons (ou en l’occurrence, en gros porcs trop nourris), et le reste des habitants du pays en esclaves jetables et interchangeables, à qui l’on attribue divers degrés de prestige et de confort pour éviter qu’ils s’entendent bien entre eux. A tous, on ne demande qu’une chose : qu’ils se taisent et obéissent.

Mais ils ont sans doute oublié l’alliance inattendue d’Ariane et Thésée. 

 

 

 

 

Après avoir vu le film, je relis le livre comme prévu, l’occasion de me confirmer que mes souvenirs n’étaient pas mauvais et que le film est vraiment une bonne adaptation, mais pas une transposition : toute la différence entre être dans la tête de Katniss ou être à côté en train de l’observer. Ça explique, d’ailleurs, pourquoi le personnage de Seneca Crane ne m’avait pas marquée.

 

Découvrir Panem, ses jeux annuels effroyables qui ne sont qu’un élément de son fonctionnement injuste et arbitraire, les abus de ceux qui ont le pouvoir, l’indifférence de ceux qui en profitent, la soumission du plus grand nombre qui n’a presque rien et vit dans la crainte de le perdre, tout ça au travers des yeux d’une jeune fille qui n’a connu que ça, qui n’imagine pas possible de remettre en question un système qu’elle hait pourtant viscéralement, et qui va seulement s’employer à survivre. Au moins au départ.

 

Habituellement peu amatrice de narration à la première personne, je trouve qu’ici elle a tout son sens. Elle réduit un peu la largeur de vue, mais un lecteur doté d’un minimum d’années et de connaissance peut y pallier facilement. Cela en vaut la peine, car il est presque plus intéressant de suivre l’évolution psychologique de Katniss que l’action dans l’arène. Loin d’être parfaite et exemplaire, loin d’être héroïque à vrai dire, elle se montre égoïste, méfiante, féroce et brutale. Il existe un petit nombre de personnes qu’elle s’acharnera à aider et protéger quoi qu’il en coute, et le reste de l’humanité ferait mieux de ne pas attendre la moindre compassion de sa part.

 

Mais alors qu’elle peine à comprendre ce qui peut bien se passer dans la tête de ceux qui l’entourent, son compagnon d’infortune Peeta, son mentor Haymitch, ses adversaires, les sponsors, les juges (l’inconvénient d’être misanthrope), elle doit bien admettre que, toute déterminée qu’elle soit, il y a quand même des choses qu’elle n’est pas prête à faire. Et c’est presque involontairement qu’elle se rebelle.

 

Premier volume d’une trilogie, Hunger Games a le léger défaut de servir d’exposition et de se concentrer sur les jeux en eux-mêmes en ne donnant qu’une vision partielle du fonctionnement général de Panem. Mais dans ce roman, pourtant classé jeunesse, Suzanne Collins ne s’est pas limitée sur la violence des affrontements entre les tributs, et celle des choix qu’ils doivent faire, bien au-dessus de leur âge. Bien que l’issue soit, au moins en partie, prévisible, suivre les jeux est passionnant pour le lecteur, ce qui en fin de compte le met dans la même position que les spectateurs de Panem et laisse place à une intéressante réflexion. Une vraie réussite, qui ne perd absolument rien à la relecture.

 

03.05.2012

Sometimes, all you need is twenty seconds of insane courage, of embarrassing bravery. And something great will come of it.

Nouveau départ

(Titre original : We bought a zoo)

De Cameron Crowe. Avec Matt Damon, Scarlett Johansson, Thomas Haden Church...

Sortie le 18 Avril 2012

 

Six mois après le décès de sa femme, s’apercevant qu’il fait du sur-place dans tous les domaines de sa vie, Benjamin Mee décide que ses enfants et lui ont besoin d’un changement de décor. Il trouve la maison de ses rêves à la campagne, mais la propriété recèle une encombrante surprise : il s’agit d’un zoo, qui a lui-même un sérieux besoin de coup de frais. Jamais découragé, Benjamin se met à l’ouvrage, avec l’objectif de rouvrir le zoo au public.

 

Ça me fait toujours plaisir de voir Matt, et là ça faisait un bail en plus parce que j’ai manqué plein d’occasions dernièrement. On se dit toujours que ça n’est que partie remise, et puis ensuite on perd le contact, vous savez ce que c’est.

Le temps passe, et sur certains il laisse des traces. Quand on pense qu’il n’y a même pas dix ans, c’était un sex-symbol de classe internationale ! (Je ne veux entendre aucun persiflage, ou bien je mords.) Et voilà, la vie de famille, la paternité, la quarantaine, tout ça… Ça vous brise un homme. À présent Matt ressemble à Jack Black. J’aime bien Jack Black, hein ! Mais on ne peut pas dire qu’il joue dans la même catégorie, normalement. J’essaie de me rassurer, de me dire que cette coupe de cheveux inacceptable et cette stature de bon vivant gros bouffeur de barbecue sont peut-être temporaires, juste le temps du film (oui oui, c’est sûrement ça) je me raccroche à ce que je peux mais rendez-moi mon Jason Bouuuuurne, siouplé… Je crois qu’un rematage de Will Hunting s’impose pour me remettre, et dans pas trop longtemps. Est-ce qu’au moins j’ai le dvd, au fait ?

 

Bon, venons-en au film.

 

Some people look at an impossible situation and ask "Why ?"

Others look at the same situation and ask "Why not ?"

 

D’ordinaire, le neuneutage m’irrite assez vite. Et ici, entre l’affiche, le pitch, la bande-annonce et, selon des sources compétentes, jusqu’au nom du réalisateur, tout criait "attention : gros neuneutage". Avec raison. Une famille brisée, une gamine solaire, un homme qui a perdu le grand amour de sa vie, le père et le fils qui n’arrivent pas à communiquer (le môme a quatorze ans, par conséquent tragédie familiale ou pas, communiquer avec lui serait une plaie de toute façon) et tout ce petit monde qui tente de renouer les liens et apprend de belles leçons de vie en cours de route en côtoyant plein de z’animaux et de gens sympas qui aiment les z’animaux. Peut-on faire plus inoffensif ?

 

 

Et pourtant. Le truc avec les bons sentiments, c’est que c’est comme les raquettes de cactus : il faut savoir les cuisiner comme il faut, sinon ça fout la gerbe. Manifestement, Cameron Crowe sait y faire, car malgré l’absence de péripétie plus enthousiasmante qu’un contrôle vétérinaire, malgré un enjeu moyennement motivant (Benjamin aura-t-il suffisamment de temps, d’argent et de chance pour rouvrir le zoo, maintenir une demi-douzaine d’emplois et éviter de piquer quatre tigres, un grizzly et une paire de porcs-épics ?) et malgré une romance sans grand intérêt entre Benj’ et Kelly, la responsable du zoo (Scarlett Johansson), qui passe laborieusement de "écoutez, c’est encore trop tôt" à "bon, en admettant qu’on ne brûle pas les étapes, y aurait peut-être moyen de moyenner", ça m’a beaucoup plu.  

 

 

Après la débâcle qu’a été Cheval de guerre, j’ai bien retenu la leçon : du film avec des animaux, c’est du film pour les loupiots. Ne pas chercher de l’élaboré dedans. Ne pas s’attendre à trouver plusieurs niveaux de lecture. Le résultat doit être rassurant, quitte à mettre du miracle météorologique dans le scénario pour que ça marche, et pas de plus gros méchant qu’un fonctionnaire un peu zélé et plus ridicule que nuisible. Pour apprécier ce type de film, il faut retomber en enfance, cette époque merveilleuse où on croit que tout s’arrangera forcément à la fin si on est gentil et qu’on y met de la bonne volonté. Je suis rassurée de voir que je sais encore le faire.

 

Là, ça a marché pour moi parce qu’en fin de compte, je me suis plus intéressée aux jeunes, et ce sont eux qui font le film. La petite Rosie (Maggie Elizabeth Jones), adorable poupée de sept ans qui en fait quatre et parle comme si elle en avait dix, est merveilleuse de drôlerie, complètement désarmante et ferait fondre le cœur des plus cyniques. Elle cabotine comme pas deux, mais elle est si mignonne que je lui pardonne de bon cœur.

J’ai eu également un énorme coup de cœur pour le grand frère Dylan (Colin Ford) parce que j’aurais sans doute complètement craqué sur lui quand j’avais treize ans. Et son amourette avec sa voisine Lily (Elle Fanning, que j’ai connue plus subtile), quoique tout aussi improbable que celle des adultes et un peu pour les mêmes raisons, est toute choupi et attendrissante. J’ai eu comme une bouffée de nostalgie à base de Beethoven, Jumanji, Chérie j’ai rétréci les gosses, My Girl et autres Goonies, enfin de tout plein de films super-chouettes d’avant 1995 où il est question, entre autres, de premier amour, de gros chagrins et d’apprentissage de la vie. 

 

 

Mettons-nous d’accord, ça ne casse pas cinq pattes à un zèbre, mais ça m’aura permis de confirmer que Scarlett Johansson ne gagne pas en glamour quand elle la joue nature, que Thomas Haden-Church est définitivement le seul acteur au monde que je préfère écouter en VF qu’en VO et que je n’aime pas Matt Damon sapé en bucheron. Mais bon, c'est quand même Matt. 

 

Bien que leur sauvetage soit presque la raison d’être de ce film, les bestioles du zoo sont terriblement accessoirisées ; mais c’est toujours mieux que de les faire parler en voix-off ou de faire comme s’ils comprenaient quand on leur parle. J’avoue que personnellement, ça ne m’aurait pas posé de cas de conscience de donner les autruches et les paons à boulotter aux grands félins, et ça aurait déjà fait gagner quelques jours. Mais ça, c’est parce que j’ai une aversion déclarée pour les basse-cours.

Et que ça : 

c’est un peu mon pire cauchemar.c’est un peu mon pire cauchemar.

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20.04.2012

"Dere's sperrits in de air," she cried. "Sabe yuhself while dere's time. We's all a-treadin' de road to destruction."

 

The Foor-Pools Mystery

De Jean Webster

 

Après de longues semaines de travail stressant sur un cas compliqué, Arnold Crosby, un jeune avocat new-yorkais, décide d’aller passer des vacances à Four-Pools, la plantation de son grand-oncle en Virginie, pour se reposer.

Dès son arrivée, il apprend que de curieux phénomènes se produisent à Four-Pools, que les serviteurs noirs attribuent à un fantôme local. Mais les événements se succèdent, de plus en plus graves. Pour venir en aide à sa famille, Arnold doit accepter l’aide de son ami Terry Patten, un reporter aux manières irritantes mais au flair impressionnant.

 

Comme j’aime avec passion Daddy-Long-Legs (ou Papa-Longues-Jambes pour la version francophone), et presque autant, quoique pour des raisons différentes, sa suite Dear Enemy (qui est moins une suite qu’un spin-off, en fait), principalement à cause de la plume de leur auteur, Jean Webster, qui est fine, vive, enjouée, pleine d’humour et de profondeur, je m’étais toujours promis de lire l’intégralité de son œuvre, qui en plus n’est pas extrêmement abondante dans la mesure où Jean Webster est morte jeune.

(Vous remarquerez que le paragraphe précédent n’est composé que d’une seule phrase, c’est dire si ma plume à moi est pénible et fastidieuse.)

Malheureusement, Jean Webster est de ces auteurs qui, malgré leur talent manifeste et la qualité de leur production, tombent dans l’oubli au fil des décennies. Et mis à part son plus grand succès, Papa-Longues-Jambes donc, très peu de ses autres livres sont encore édités de nos jours. Et aucun en français, cela va sans dire.

 

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Cependant, comme nous vivons une époque bénie où, grâce aux internets (et aux sympathiques inventeurs du Project Gutenberg), on peut arriver à mettre la main sur presque tout, j’ai enfin réussi à lire plus de Jean Webster.

 

 

 

 

Avec The Four-Pools Mystery, Jean Webster s’éloigne de la majeure partie de ses autres productions, qui se focalisaient d’une manière ou d’une autre sur le passage à l’âge adulte de jeunes femmes au début de vingtième siècle, dans cette période de suffragettes et de féminisme tout neuf où l’on commençait à prendre conscience que les femmes étaient des citoyens comme les autres, ayant le droit à une éducation poussée et capables de mener des vies et des carrières enrichissantes, sans se contenter d’être dans l’ombre d’un homme dont elles seraient les filles, les femmes ou les mères.

 

 

Ses préoccupations sociales(istes ?) et humanistes se font quand même ressentir dans ce roman, très clairement dans sa conclusion mais également sous-entendues dans toute sa trame. L’histoire se passe dans un domaine de Virginie, dans les années 1880-90 selon mes propres déductions, et dont le propriétaire, le « colonel » Richard Gaylord, est l’un de ces maîtres à l’ancienne, régnant comme un dieu omnipotent sur sa plantation, ses bêtes et ses hommes, y compris ses propres enfants. Les noirs ont été affranchis depuis la guerre civile, mais le traitement qui leur est réservé n’a que peu changé, ils sont maintenus dans un état de servitude et de dépendance vis-à-vis de leurs patrons, qu’ils continuent de servir de génération en génération, et l’absence de toute éducation les rend très manipulables et enclins à la superstition.

 

Quand Terry Patten, fils d’immigré irlandais (connaissant donc son propre type d’ostracisme) et new-yorkais jusqu’au bout des ongles, débarque à Four-Pools pour démêler l’écheveau embrouillé des événements qui y ont lieu, la différence des modes de vie et de pensée est flagrante, et c’est d’un œil réellement neuf et extérieur qu’il observe la situation. Il est évident qu’au travers de Terry, Jean Webster dénonce, sinon la ségrégation, au moins le peu d’évolution des conditions de vies des gens de couleur dans les états du sud.

 

Pourtant, c’est par le regard d’Arnold Crosby, le narrateur, que le lecteur appréhende les événements. Etant à la fois du nord et apparenté à la famille Gaylord, sa vision des choses est naturellement plus contrastée, preuve que Webster cherchait moins à interpeller qu’à divertir.

 

 

Car il s’agit avant tout d’un roman policier, avec une structure des plus classiques : le narrateur est un observateur qui s’implique émotionnellement mais dont les capacités de déduction sont limitées, et qui se fait le chantre des talents de détective d’un ami ô combien brillant, mais si terriblement conscient de sa supériorité intellectuelle qu’il montre une nette tendance à l’arrogance (qui contribue à faire son charme).

 

   "This is a pretty country," he remarked as he finished with his coat pockets and commenced on the waistcoat. "It would be almost worth living in if many little affairs like this occured to keep things going."

   "Really, Terry," I said, "when you refer to my uncle's murder as a 'little affair' I think you're going too far !"

   "Oh, I beg your pardon," he returned good-naturedly, "I guess I am incorrigible. I didn't know Colonel Gaylord personally, you see, and I'm so used to murders that I've come to think it's the only natural way of dying."

 

Structure établie par Edgar Allan Poe avec le Chevalier Dupin dans Double assassinat dans la rue Morgue (le proto-mystery novel au mieux, à mon avis) et que l’on retrouve naturellement chez Holmes et Watson, peut-être parfois chez le Poirot d’Agatha Christie quoique je n’en jurerais pas, mais plus nettement encore chez Rouletabille et Sinclair, les héros de Gaston Leroux qui sont, comme Patten et Crosby, respectivement journaliste et avocat. 

  

Je trouve d’autres similitudes encore avec le Mystère de la Chambre Jaune : la subjectivité du policier, le refus du principal suspect de se disculper pour ne pas embarrasser ou incriminer une autre personne à laquelle il tient, le détective qui voit le tableau dans toute sa largeur et ne prend en compte que l’explication qui intègre tout et ne laisse pas de côté les détails a priori insignifiants…

 

Bref, j’ignore de qui Jean Webster s’est inspirée exactement, mais ses références sont excellentes. Pourtant, sa première et unique incursion dans l’énigme policière n’a pas marqué l’histoire, et ça se comprend. Il est établi dès les premières pages que Terry Patten est LE cerveau qui a résolu l’affaire, le chevalier blanc qui vient sauver l’innocent (et écrire un bon papier par la même occasion) et par conséquent c’est à son enquête qu’on devrait s’intéresser, à ses observations, ses analyses, ses déductions. Or, il n’apparait véritablement à Four-Pools qu’au dernier quart du livre, et dénoue l’intrigue à toute vitesse parce qu’il a un train à prendre.

 

C’était peut-être une manière de souligner la vivacité de son esprit, mais c’est frustrant pour moi qui ai passé avec Arnold la majeure partie du temps à regarder l’histoire se dérouler, la tension s’intensifier jusqu’à la conclusion fatale et ses conséquences dramatiques, à échafauder au fur et à mesure toutes les hypothèses possibles ou invraisemblables, et à les rejeter aussi vite, pour finalement me faire servir en trois chapitres une résolution qui, pour imprévisible et surprenante qu’elle soit, n’en est pas pour autant satisfaisante.

 

Je ne dirais pas que l’intrigue policière est bancale, bien au contraire, elle se tient. Elle est même prenante. Les protagonistes sont attachants et je me suis réellement souciée de les voir s’en sortir. Mais celui des personnages que j’aurais aimé voir un peu plus développé ne fait finalement que passer, et le final est décevant.

Quant au style d’écriture de Jean Webster que j’affectionne tant dans ses autres livres, il n’était sans doute pas vraiment applicable ici et m’a fait défaut. Ni les personnages ni les situations ne manquent d’humour, pourtant, mais le ton n’est clairement pas le même.

 

Pour moi, The Four-Pools Mystery n’est donc pas le meilleur exemple du talent de Jean Webster, et pas le roman que je conseillerais pour la découvrir. Par contre, je le recommande aux fans, car il offre sans aucun doute un nouvel aperçu sur sa personnalité et ses préoccupations.

 

120420041521600669743552.jpgJe m'étais inscrite en janvier au challenge "Un classique par mois" organisé par Cécile, et c'est donc par ce billet que je démarre (en avril, comme de bien entendu).

Parce que Jean Webster, c’est du classique. Ou en tout cas, ça devrait.

 

Au passage, ce billet est mon premier concernant une lecture Kindle (et un téléchargement entièrement et légalement gratuit).

 

17.04.2012

"So many stories where the prince saves the princess. It's time we change that ending."

 

Blanche Neige

(Titre original : Mirror Mirror)

De Tarsem Singh. Avec Lily Collins, Julia Roberts, Armie Hammer...

Sortie le 11 Avril 2012

 

Lorsque la princesse Blanche-Neige attire l’attention du beau et riche prince Alcott, sur lequel la reine a elle-même jeté son dévolu, cette dernière décide de se débarrasser de son encombrante pupille. Perdue dans la forêt, Blanche-Neige rencontre sept nains bandits de grand chemin qui vont l’aider à reconquérir son royaume.

 

Depuis la disparition de son père le roi, Blanche-Neige est consignée dans sa chambre par sa méchante, mais si ravissante, belle-mère. Consignée dans sa chambre pendant environ 10 ans, c’est dire si la jeune cruche princesse n’a pas une once de rébellion en elle. Mais grâce à la cuisinière, elle prend conscience que son peuple, autrefois rieur est joyeux, est devenu misérable, elle décide de se remuer le train et de virer la belle-doche pour remettre les choses en ordre.

Plus facile à dire qu’à faire quand on sait que 1) la reine est folle à lier, qu’elle maîtrise la magie noire et n’hésite pas à s’en servir, et 2) Blanche-Neige croit moins en elle-même qu’au Père-Noël.

 

 

Plus adapté qu’un conte de fées, tu meurs, et je crois que le syndicat des acteurs de petite taille doit avoir un accord avec les studios pour qu’on continue indéfiniment à faire des versions de Blanche-Neige afin de fournir du travail à leurs affiliés qui, sinon, n’en trouveraient que peu. La vie est dure pour ceux qui sont moins égaux que les autres…

 

J’avoue que Blanche-Neige n’est pas mon conte préféré, loin de là. Je n’y trouve pas beaucoup d’intérêt. Certes, la méchante reine qui veut rester jeune et belle à tout prix est ultimement punie, et c’est bien fait. Mais franchement, le prince qui se ramène à la onzième heure pour clore l’histoire et sauver la belle endormie (qui a été très conne d’un bout à l’autre au point qu’on trouve que c’est bien fait pour elle aussi), pourquoi c’est qu’il tombe amoureux au premier regard, alors qu’il ne la connait ni d’Eve ni d’Adam ? Pour son bon cœur ou ses talents de ménagère, qui doivent sauter aux yeux alors qu’elle comate ? Bien sûr que non, c’est parce qu’elle est belle. Et pourquoi qu’elle se laisse gentiment emmener sur son cheval blanc, alors qu’elle ne le connait pas davantage ? A cause de son courage et de sa loyauté ? Qu’en saurait-elle, il vient à peine de débarquer (et ce sont les nains qui ont fait tout le boulot, je le rappelle). Non, c’est parce qu’il est beau riche.

D’où : Prince charmant = pigeon et Blanche-Neige = trophy wife.

Bien la peine de faire tout un foin parce que la reine était superficielle, tiens. Bonjour la morale !

 

Cette variante-là ne se démarque pas de façon évidente. Les sept nains, quel que soit le rôle qu’on leur donne à jouer (ici, ce sont des réprouvés hors-la-loi qui vont servir de mentor à l’héroïne dans sa quête identitaire) ne sont là quoi qu’il arrive que pour faire les guignols, et ce n’est pas toujours léger, et c’est souvent répétitif. Blanche-Neige, même si elle troque sa niaiserie et sa timidité pour de l’escrime et des arts martiaux, n’en demeure pas moins une jeune fille douce et passablement fade. Ça tient sans doute à l’interprète, Lily Collins, qui est charmante mais manque cruellement de subtilité dans sa façon de jouer (et vas-y que je baisse les yeux, et vas-y que je fais une moue boudeuse à l’aide de mes lèvres pulpeuses…) et fait évidemment pâle figure à côté de MADAME Julia Roberts, flamboyante, qui malgré ses vingt-cinq ans supplémentaires la coiffe au poteau dans les grandes largeurs.

  

 

L’univers créé est sucré, rose bonbon, coloré comme un arc-en-ciel, les décors sont démesurés et les costumes de pure folie. Ce n’est pas un point que je retiendrai à charge, cependant, sauf pour le final bollywoodien pénible écœurant de guimauve qui m’a fait quitter la salle avant la fin du générique.

 

En revanche, et ça j’ai vraiment aimé, bien que d’habitude les triangles amoureux me fatiguent, mais là ce n’en est pas vraiment un, dans cette version la reine a peut-être un cœur de glace, mais le reste est chaud comme une friterie, et le séduisant (et jeune (et riche)) prince Alcott semble être la solution de tous ses problèmes courants, de trésorerie notamment. C’est d’ailleurs pour ça qu’elle envoie Blanche se faire zigouiller : manquerait plus que sa niaiseuse de belle-fille lui fasse de l’ombre, non mais !

 

C’est donc le prince qui se fait ensorceler, et Blanche-Neige qui doit le délivrer du maléfice. Voilà qui change un peu de la soupe ordinaire, et dans la mesure où Julia Roberts et Armie Hammer s’en donnent à cœur joie sans craindre pour leur image de marque, c’est plutôt savoureux. Le capital sympathie pré-acquis de Julia Roberts permet de prendre la reine avec un grain de sel, d’autant qu’elle a un sacré grain elle-même, le personnage étant plus délirant qu’odieux. Quant à Armie Hammer, on peut dire qu’il paye de sa personne. Si le prince a ses moments de bravoure, il s’en prend aussi plein la tronche, et mon Dieu que j’ai aimé ça. Ce garçon a un vrai physique de fils-à-papa, (et un nom qui va avec, mouhahaha je ne m’en remets pas) mais il sait en jouer, et si les costumiers ont compris le grand intérêt visuel des longs manteaux portés par des hommes qui courent (je les soupçonne d’avoir de très bonnes références sériesques), ils ont su aussi le délester de sa chemise à intervalles réguliers, et mon Dieu que j’ai aimé ça aussi. Bah oui, quoi ?

 

 

Donc ça ne mange pas de pain, c’est plaisant et rigolo, ça tient les promesses de la bande-annonce ni plus ni moins. Je me serais remise de l’avoir raté, mais en même temps… ça aurait été un peu dommage, quand même.

 

15.04.2012

“hope can be a spark. Too much hope is dangerous.”

Hunger Games

De Gary Ross. Avec Jennifer Lawrence, Josh Hutcherson, Liam Hemsworth...

Sortie le 21 Mars 2012

 

Chaque année sont organisés à Panem les Hunger Games, version moderne des jeux du cirque, pour commémorer l’échec de la révolte des districts contre l’autorité du Capitole, matée dans le sang quelques trois quarts de siècle plus tôt. Chacun des douze districts doit envoyer un jeune garçon et une jeune fille, les 24 participants devant ensuite s’affronter dans un combat à mort.

Quand sa petite sœur Prim est tirée au sort, Katniss Everdeen se porte volontaire pour prendre sa place. Elle a en sa faveur une détermination inébranlable et de bonnes capacités de survie dans un environnement hostile. Mais elle devra, pour s’en sortir, renoncer à la morale et faire le jeu du Capitole, qu’elle méprise un peu trop ouvertement.

 

De Hunger Games  le roman, je peux dire que je l’ai adoré sur le moment, mais qu’il ne m’a pas laissé un souvenir indélébile. C’est une bonne excuse pour le relire, et par la même occasion finir la série dont je n’ai jamais lu le dernier tome. N’étant pas, par ailleurs, particulièrement gavée de littérature futuristico-dystopique, j’avais trouvé passionnante cette vision de la dérive de la télé-réalité et du spectacle à tout prix, ainsi que l’utilisation qu’en ferait un pouvoir corrompu et dictatorial pour asservir un peuple qui, à l’image de la mère de Katniss, a baissé les bras et compte sur sa jeunesse pour palier à leur faiblesse.

 

 

Le potentiel cinématographique du roman sautait aux yeux, et l’arrivée sur nos écrans d’une adaptation n’était qu’une question de temps. Mais on a vu ces dernières années quel absolu massacre peut être l’adaptation d’un roman jeunesse à succès, et j’avoue, malgré les bandes-annonces alléchantes, j’étais méfiante.

Trop de mauvaises critiques lues à droite à gauche m’ont fait longuement hésiter à aller voir Hunger Games, d’autant qu’en ce moment je trouve à redire sur tout, mais finalement, encore une fois plus à cause des horaires qu’autre chose (faut que je demande à mon patron de terminer une heure plus tôt le mercredi si je veux voir des trucs intéressants), j’y suis quand même allée. Et j’ai bien fait. Rhaaaaa ! Qu’est-ce que ça fait du bien de sortir enfin d’une salle de ciné sans compter mentalement tous les défauts qui font que, toute bonne volonté mise à part, je n’ai pas pu passer un vrai bon moment.

 

Certes, je ne me refais pas, et je vais y aller de mon habituelle rengaine : les loupés du doublage, l’illisibilité des scènes d’action, le shootage caméra à l’épaule qui file le mal de mer, le combat pendant une nuit sans lune entre trois tributs vêtus de noir… (Juste en passant, si un des personnages dit "tiens il fait tout noir, on ne voit rien", le spectateur comprendra tout à fait qu’il fait noir et, qu’en effet, ils ne voient rien. Dès lors, pas la peine de plonger l’écran dans le noir pour de vrai. Le spectateur, lui, va justement au cinéma exprès pour voir des trucs, au contraire. Le faux noir, techniquement, c’est possible. Je dis ça…)

 

Et puis il y a aussi un petit problème en terme de repères géographiques et densité de population. Parce que deux jours passés dans un tgv à pleine vitesse, ça vous trimballe potentiellement de Pékin à Bogota. Mais, quand toute la population du District 12 se réunit pour le tirage au sort des tributs, cela ressemble tout au plus à une grosse fête de village. Panem serait-elle donc un immense désert qui couvre les deux tiers du globe ?

 

Mais tout cela n’est que détail et pinaillage. Dans l’ensemble, j’estime que Hunger Games est plutôt une réussite.

Le scénario a su habillement équilibrer les différentes parties du récit, intégrer les éléments de compréhension nécessaires pour ceux qui n’avaient pas lu le livre sans se perdre en descriptions verbeuses, et préparer les épisodes suivants sans qu’on ait l’impression d’assister à une fastidieuse mise en place.

La mise en scène a même des moments de brillance. Le Capitole est magnifique. La parade des tributs, visuellement percutante.

 

 

Le rassemblement des jeunes le premier jour des jeux vous a des airs de Liste de Schindler, même si c’est facile, c’est diablement efficace. Et si j’ai trouvé dommage qu’on ne voit pas plus la réaction des téléspectateurs face au jeu, j’ai trouvé intéressant d’observer la réalisation du show, avec tout ce qu’elle a d’arbitraire, d’autant que c’est un aspect de l’histoire absent du livre, sinon de manière implicite.

J’ai aussi trouvé appréciable que les scénaristes ne mettent pas en avant trop tôt, et pour de basses raisons commerciales, certains côtés moins essentiels mais peut-être attractifs pour le public-cible (je parle évidemment du triangle amoureux, dont j’ai personnellement soupé, merci bien.)

 

Quant aux interprètes, ils sont pour la plupart excellents. Passons sur les jeunes gens qui jouent les tributs des Districts 1 et 2, de toute façon monodimensionnels (parce qu’ils sont des gros méchants sans scrupules prêt à tuer tout le monde pour la victoire, et qu’on n’ira pas voir plus loin) ou les acteurs de classe internationale qu’on a embauchés pour faire rien du tout (Votre attention, Monsieur Toby Jones est attendu en caisse centrale…)

J’ai trouvé Woody Harrelson et Lenny Kravitz des choix judicieux, Stanley Tucci est tout à fait excellent (mais il peut tout faire, surtout si c’est délirant), et Wes Bentley met en relief un personnage qui ne m’avait laissé aucun souvenir. Ceux des tributs sur lesquels on s’attarde (Josh Hutcherson et Amandla Stenberg) sont plus que corrects, même s’ils manquent un peu de métier. Jennifer Lawrence, quant à elle, si elle continue sur cette voie, se taillera sans difficulté une place de choix dans le panthéon des grands, car elle porte la plus grande partie du film sur ses seules épaules et s’en tire avec autant de grâce que de force, c’est juste un pur plaisir que la regarder travailler. L’interview avec Caeser Flickerman, quel moment !

 

 

Il est clair que je n’aurai aucune réserve quant aux suites, que j’attends avec impatience.

 

24.03.2012

Chasing shadows

 

La dame en noir

(Titre original : The woman in black)

De James Watkins. Avec Daniel Radcliffe, Ciarán Hinds, Liz White...

Sortie le 14 Mars 2012

 

Un jeune notaire de Londres est envoyé par son cabinet dans un village isolé du nord de l’Angleterre où il doit régler la succession d’une cliente décédée depuis peu.

Alors qu’il met de l’ordre dans les affaires de Madame Drablow, il sent une présence étrangère dans la maison pourtant vide. En découvrant l’histoire des lieux et de la famille, Arthur se rend compte que les superstitions qui entourent le manoir ne sont pas dénuées de fondement.

 

J’ai hésité.

J’ai hésité parce que d’habitude, les films qui font peur, je n’aime pas ça.

Parce qu’ils font peur.

Et je n’aime pas me faire peur.

 

Mais en fin de compte j’y suis allée quand même.

Parce que tout bien considéré ça m’inspirait largement plus que Cloclo. Et même plus que Eva. Et certainement beaucoup plus que Target. Et aussi que John Carter, qui de toute façon ne passait qu’en 3D.

Et parce que j’aime bien Daniel Radcliffe, surtout en dehors de Harry Potter. (Cf December boys et aussi My boy Jack).

 

Alors j’y suis allée.

 

Et ma foi, c’était pas mal. Au moins, je sais maintenant que je peux voir des films interdits aux moins de douze ans sans me cacher sous mon siège ni en faire des cauchemars la nuit suivante.

Je n’avais jamais dit à quel point je suis impressionnable ? Le film d’épouvante le plus nase me donne des sueurs froides. Je peux passer une soirée entière, le cœur battant, à regarder par-dessus mon épaule au cas où quelque chose se trouverait derrière moi, et je soupçonne chaque ombre de dissimuler des choses sournoises et malveillantes.

Vous comprendrez que j’évite ce genre d’influences. J’ai été interdite de Gremlins, je crois jusqu’à mes 14 ans.

Mais bizarrement, je n’ai jamais vraiment été interdite de Famille Adams

 

 

Donc, La dame en noir c’était pas mal. Mais pas extraordinaire non plus.

 

D’abord parce que dans notre pays, on ne pourra jamais se rendre réellement compte du talent de Daniel Radcliffe. Ou, le cas échéant, de son manque de talent. Pas tant qu’on verra ses films en VF, et qu’il continuera à être post-synchronisé par le gamin qui lui sert de doublure française depuis l’Ecole des sorciers et qui est, il faut le dire, excessivement mauvais.

On ne s’en est pas forcément rendu compte tout de suite, parce qu’il était jeune et nous, le public, étions indulgents.

Et puis, la doublure d’Hermione était pire.

Mais pardon, pardon à lui et à ses proches et tout ça, mais depuis dix ans, il n’aurait pas pu un minimum apprendre à jouer, non ? Parce que là, vraiment, ça s’entend que c’est mauvais.

 

Ensuite, c’est pas extraordinaire parce que c’est classique. Ouh la la que c’est classique.  

 

Bien sûr, le personnage principal est cartésien. Bien sûr, il est persuadé qu’il y a une explication rationnelle aux choses bizarres qui se passent dans la maison-qui-a-des-yeux. Bien sûr, il a une excellente raison de rester alors que n’importe qui doté d’un instinct de survie aurait fait demi-tour illico.

Au village les autochtones se conduisent un peu comme des trolls, et leurs enfants un peu comme des zombies. Ils savent ce qui se passe, ils veulent à toute force empêcher Arthur de faire son job et le renvoyer à Londres fissa, mais bien sûr ils ne lui disent pas pourquoi…

Psycho élémentaire : quand vous dites à quelqu’un de faire quelque chose, mais que vous ne lui dites pas pourquoi il doit le faire, à tous les coups il fera le contraire. Juste pour voir. Ou pour vous embêter.

Mais bon, c’est sans doute le ressort habituel des films d’horreur.

 

Le manoir, gothique à souhait, est perdu au milieu des brumes et des marécages. On se demande bien qui a été assez abruti pour aller construire une baraque à cet endroit-là, pour commencer.

La maison est immense, intégralement décorée en mauve et en bleu foncé avec des boiseries en ébène (c’est clair que ça vous pose une ambiance cosy) pleine de recoins sombres, de statuettes et de poupées qui vous regardent passer, de poussière, de miroirs… La nursery est pleine de jouets tellement effrayants que je n’imagine pas un enfant dormir paisiblement au milieu de tout ça. Et pour mettre tout ça en valeur, le cadrage est toujours un peu décalé, comme ça on peut voir si jamais quelque chose bouge dans le fond de la pièce pendant que le héros regarde ailleurs. Genre, un fantôme. Ou, peut-être, un cameraman qui se serait trop rapproché.

La tension s’installe. Aux angoissants moments de silence succèdent des effets sonores potentiellement provocateurs de crise cardiaque (grincements, soupirs, claquements de portes, petit thème musical qui va bien) et on a conscience que derrière chaque porte et chaque meuble peut se cacher un spectre affreux qui sautera à la figure des intrus en poussant un cri déchirant. Bref, classique, classique.

En même temps, c’est pour ça que c’est efficace. Et pour être honnête, le fantôme ne surgit jamais tout à fait à l’endroit et au moment où on l’attend.

Le tout est baigné dans une atmosphère qui, au-delà de la peur, est baignée de tristesse et de dépression qui met bien mal à l’aise. Arthur ne se remet pas de ses malheurs personnels. Il voudrait sans doute en finir au plus vite avec le triage des papiers de la vieille Madame Drablow et satisfaire les locaux en rentrant à la maison, mais chaque fois qu’il ouvre un nouveau tiroir ou un coffre, hop, c’est un nouveau monceau de paperasses qui lui tombe dessus, dévoilant peu à peu une histoire familiale affreusement tragique dont il pensera trouver la résolution et boucler la boucle, sauf que la mystérieuse dame en noir est très très en colère et ne pardonnera jamais, jamais, jamais, jamais… 

Je ne peux pas dire que j’aie vraiment accroché aux personnages. Ce qui leur arrive est bien malheureux, mais ils sont trop occupés à faire face au surnaturel pour que leurs interprètes (ou les scénaristes) aient vraiment pu creuser leur psychologie. Par conséquent, entre deux inévitables sursautages sur mon siège, j’ai plutôt passé la séance à sourire en comptant les gros ressorts prévisibles de l’intrigue. La fin un peu bizarre, à la fois ouverte et radicale comme un couperet, m’a fait lever un sourcil interrogateur, mais je suis sortie de la salle en me disant que ce film-là ne laisserait pas de traces visibles.  

Reste que c’est plutôt un bon film efficace si on est amateur du genre, et surtout qui s’autorise à ne pas se vautrer dans le glauque, le sombre ou le gore, mais se permet de belles images avec de belles lumières ce qui, par effet de contraste, ajoute encore à l’efficacité susmentionnée.

On pourra juste déplorer que pour son premier rôle post-potter, Radcliffe se soit retrouvé à jouer une fois de plus le héros au lourd passif, à l’air perpétuellement soucieux, et qui se sent la responsabilité de sauver tout le monde et de remettre la situation sur les rails. Pour bien trancher, il aurait peut-être juste fallu une vraie bonne comédie sans effets spéciaux.